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AccueilEnquêtes Mis en examen pour viol sur un étudiant, un chirurgien pourrait revenir exercer au CHU de Limoges

Alexandre Rito

Temps de lecture : 14 minutes

Ce qu’il faut retenir

Malgré les premiers signalements en 2021, le chirurgien a continué d’exercer au CHU de Limoges jusqu’à sa mise en examen en novembre 2023.

Un homme se présentant comme médecin, puis un externe, ont essayé d’obtenir le dossier médical de l’étudiant après les faits auprès de la polyclinique Chénieux.

Alors que l’instruction est toujours en cours, le praticien pourrait retrouver un poste au CHU de Limoges au contact d’étudiants en médecine.

Un chirurgien digestif du CHU de Limoges a été mis en examen en novembre 2023 pour viol sur un étudiant en médecine, commis par une personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction. Les faits dénoncés remontent à décembre 2020. Malgré les alertes transmises à la faculté, le médecin n’a pas fait l’objet de poursuites disciplinaires et a continué d’exercer. Après son placement sous contrôle judiciaire, il a été écarté du CHU et affecté à titre conservatoire au centre hospitalier de Saint-Junien (Haute-Vienne). Il pourrait aujourd’hui retrouver l’hôpital où se forment internes et externes.

C’est un matin de décembre 2020. Nicolas ne sait pas lequel. Il ne s’en souvient pas. Il est en quatrième année de médecine, externe en stage de chirurgie digestive au CHU de Limoges. La nuit qu’il vient de passer chez le Dr X reste floue. Il sait que quelque chose a eu lieu. Il ne sait pas quoi exactement. Il dit n’en garder que des images fragmentaires. « Je suis rentré, encore mort de culpabilité de ce que j’avais fait. Alors que je n’avais rien fait. »

Nicolas se souvient seulement que le Dr X se comporte au réveil comme si rien ne s’était passé. Ils partent ensemble en voiture. Nicolas n’avait pas appelé Alice, sa compagne, de la nuit. Le Dr X le lui fait remarquer : elle va être énervée. Avant de le déposer, il l’accompagne chez le boulanger lui acheter de quoi « la rendre de meilleure humeur ». Il paie. Puis, il s’en va.

Nicolas rentre. Il ne dit rien d’abord. Puis, il finit par tout raconter à Alice. Elle pleure. Lui aussi. C’est elle qui l’encourage à consulter. Il ira dans un établissement privé, délibérément, pour éviter tout contact avec le CHU.

Nicolas confiera plus tard que la peur la plus pesante au quotidien était celle de le recroiser dans les couloirs de l’hôpital. Une peur qu’Alice, aujourd’hui sa fiancée, ressentait encore plus fortement que lui.

D'après une carte fournie par le syndicat de la pomme AOP, six exploitations ont recours aux filets anti-dispersion dans l'aire de production.

Pendant des mois, Nicolas se tait. Il espère que le temps finira par refermer ses blessures. Il n’en est rien. Le jeune homme finit par prendre contact anonymement avec le doyen de la faculté de médecine de Limoges ; il utilise une adresse mail créée pour l’occasion.

Le doyen insiste pour le rencontrer. Nicolas cède, lève l’anonymat, et le 3 septembre 2021, neuf mois après les faits, lui adresse une lettre signée. Il y écrit : « Je ne sais pas si c’était son coup d’essai, si c’était la première fois, si c’était voulu, ou si tout était échafaudé depuis le début. »

Cette lettre est la pièce centrale d’une affaire qui dure depuis près de six ans. Nicolas n’a pas déposé plainte. C’est la faculté qui transmet le dossier au procureur de la République. La procédure judiciaire s’engage à partir de là. Il apparaîtra ensuite dans la procédure comme partie civile.

Comment la faculté a-t-elle traité ce signalement ? Comment a-t-elle accompagné Nicolas dans les mois qui ont suivi ? L’université de Limoges a répondu a Facto ! le 19 juin 2026. Elle affirme avoir accompagné Nicolas, signalé les faits au parquet conjointement avec le CHU, et veillé à ce qu’il soit affecté à d’autres services. Elle révèle également avoir tenté de faire écarter le Dr X de l’institut de recherche XLIM-CNRS, mais précise que « cette mesure a été suspendue par le tribunal administratif ». L’université indique ne pas avoir été informée des suites judiciaires de cette procédure, dont elle attend le jugement.

Les écrits restent

Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut revenir au début de l’année universitaire. Nicolas intègre le service de chirurgie digestive du CHU à l’automne 2020. Selon le récit de l’étudiant, le Dr X lui manifeste un intérêt particulier. Il l’invite plusieurs fois à déjeuner avec lui. Le médecin lui apprend le métier, lui donne des conseils. Le Dr X était alors particulièrement investi dans la formation des externes, organisant des mises en situation clinique, présentant parfois des cours magistraux. Nicolas, fasciné par ce chirurgien expérimenté, est flatté de l’attention qu’il lui porte.

Les échanges de SMS entre les deux hommes montrent comment, dès début novembre 2020, c’est le Dr X qui initie, qui relance. Nicolas écrira plus tard : « Ces messages étaient d’ailleurs parfois ambigus, et je me posais des questions sur le rapport que le médecin avait envers moi. » Il surveille la présence de Nicolas au staff, exprime sa déception quand il n’y vient pas, lui détaille son programme sans qu’on le lui demande, l’invite à le rejoindre entre deux consultations.

« Plus j’y repense et plus je vois une préparation dans tout ce manège. »

Le 6 novembre au soir, c’est lui qui propose de migrer vers Snapchat, une messagerie dont les messages s’effacent après lecture : « Mets Snap et les messages éphémères, c’est mieux ! » Puis : « Et arrête avec le vous. » Il impose le tutoiement. « Les écrits restent », lui explique-t-il, et c’est précisément ce qu’il veut éviter.

Les invitations se multiplient. Début décembre, Nicolas est invité à dîner chez lui. Dans sa lettre au doyen, il raconte : le médecin lui fait boire des verres, ils mangent, regardent un film. Il fait froid. Le praticien commence à le toucher, dit vouloir le réchauffer. Nicolas est gêné, mais n’ose pas réagir, « déjà un peu embrumé par l’alcool ».

Le film terminé, il s’apprête à partir, mais c’est le praticien qui l’a amené, il n’a pas de véhicule, il est tard. Le médecin lui explique qu’il n’est pas prudent de conduire, qu’ils auraient sommeil le lendemain s’ils ne se couchaient pas. Nicolas accepte de rester. Il n’y a qu’un seul grand lit : dormir dans le canapé, lui explique le praticien, ne serait pas confortable. Nicolas ne veut pas se déshabiller. Le Dr X lui dit d’enlever ses vêtements et de dormir en caleçon. Nicolas écrira plus tard : « Plus j’y repense et plus je vois une préparation dans tout ce manège. »

La nuit elle-même, il la raconte ainsi : « Je sais qu’il s’est passé quelque chose et que je n’ai pas réagi. Pas réagi alors que je n’aime pas les hommes, alors que j’ai une copine que j’aime, et que je n’avais aucune envie de faire quoi que ce soit. Je ne me souviens pas s’il m’a pénétré ou non. Je me souviens par contre m’être laissé faire, ce qui est complètement anormal. Puis, il a fini, et s’est endormi. »

Le dossier médical qu’on a tenté de récupérer

Nicolas se rend à la polyclinique Chénieux le 6 décembre 2020. Il est très prostré, dira l’urgentiste qui le reçoit. Il lui explique avoir passé la nuit chez un médecin et n’avoir aucun souvenir de cette soirée. Il demande une sérologie VIH et un screening de substances, GHB, THC, entre autres.

À Chénieux, on lui indique que le médecin en question doit également faire un dépistage, faute de quoi un traitement antiviral devra être envisagé. Nicolas doit donc reprendre contact avec lui et, selon son récit, le chirurgien multiplie alors les messages. Il veut savoir ce que l’étudiant a dit, à qui il a parlé. Il rechigne à aller faire le dépistage, l’interroge sur ce qu’il a dit exactement. Nicolas ne lui dit rien de ce qu’il a vraiment confié lors de son passage aux urgences. « Lui parler presque normalement m’arrachait le cœur », écrit-il plus tard.
Le Dr X effectue finalement une sérologie. L’examen apparaît, dans les éléments consultés, comme réalisé en raison d’un « accident d’exposition professionnel ».

À La Bastide, l'un des neuf quartiers prioritaires de Limoges, le taux de pauvreté atteint 59 % et 28 % des 15-24 ans n'ont ni emploi, ni formation.

Limoges, mai 2026. À côté du CHU, des militantes féministes ont procédé à un collage contre le viol. Photo © Facto !

Dans les jours qui suivent, le service des urgences reçoit un appel. Un homme, se disant médecin au CHU, cherche à obtenir le dossier médical de Nicolas, au motif que ce patient viendrait en consultation dans son service. L’urgentiste rappelle le numéro : l’homme refuse de donner son identité.

Plus tard, un second appel, d’un externe cette fois, demande le même dossier. L’urgentiste refuse les deux fois, classe le dossier comme confidentiel, et effectue un signalement auprès du conseil départemental de l’Ordre des médecins de la Haute-Vienne (CDOM 87). Seul le numéro de fax permet de déterminer qu’il appartient au service de chirurgie digestive, celui du Dr X.

Le 28 décembre 2020, le président du conseil départemental de l’Ordre des médecins de la Haute-Vienne adresse un courrier au doyen de la faculté de médecine : « Devant ce grave manquement au secret médical, nous préférons vous avertir de ces faits. » Le chef du service de chirurgie digestive, générale et endocrinienne en reçoit une copie. Il répondra le 5 février 2021 : « Il m’a été impossible de déterminer de qui venait cette demande en sachant que le numéro du fax du service apparaît sur toutes les lettres à en-tête. »

Informé de ces faits, le conseil départemental de l’Ordre n’a pas engagé de procédure disciplinaire. Sollicité, le Conseil national de l’Ordre, auquel le conseil départemental de la Haute-Vienne a transmis les questions de Facto !, indique que, s’agissant d’une affaire faisant l’objet d’une instruction en cours, le CDOM 87 « ne peut s’exprimer à ce stade ». Le conseil départemental tient à préciser toutefois s’être rapproché du magistrat instructeur afin de se constituer partie civile, « à l’instar du Conseil national ».

Ce que le corps dit

Le 5 juin 2021, à sa demande, Nicolas consulte un médecin. À l’issue de l’examen, complété par une échographie, celui-ci conclut qu’il a « vraisemblablement été victime d’acte de pénétration anale non consentie datant de plusieurs semaines ». Il note « une forte suspicion de soumission chimique, alcoolique ou psychotrope pouvant abolir la notion de consentement ». L’ITT est fixée à trois jours. Les analyses sérologiques et toxicologiques effectuées à la polyclinique Chénieux s’avèrent négatives. Le médecin recommande de procéder à des analyses capillaires, susceptibles de remonter plus loin dans le temps.

Le 9 août 2023, Nicolas fait l’objet d’une expertise psychologique. Le rapport décrit une « personnalité équilibrée », sans trouble ni anomalie susceptible d’affecter son équilibre psychique. Dans sa relation avec le Dr X, l’expert estime qu’il était « relativement soumis » à l’admiration qu’il éprouvait pour lui, impressionné par « la sollicitude » et « l’intérêt » que le chirurgien lui témoignait, compte tenu de leur différence de statut. L’expertise ajoute qu’en raison de l’alcool, de la relation établie avec le mis en cause et de l’ascendant exercé sur lui, il existait un contexte dans lequel il lui était « difficilement possible de s’opposer » à la sollicitation dont il faisait l’objet.

Libre d’exercer

Le 17 novembre 2023, le Dr X est mis en examen pour viol commis par une personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction, et placé sous contrôle judiciaire, assorti des obligations suivantes : interdiction de sortir du territoire national métropolitain, obligation de pointage au commissariat de Limoges, interdiction d’entrer en relation avec la victime, interdiction d’entrer en relation avec les étudiants en médecine sauf dans un cadre purement professionnel, interdiction de paraître au CHU de Limoges.

Ce n’est qu’à la suite de sa mise en examen en novembre 2023, sur information du procureur de la République, que le praticien est écarté du CHU de Limoges et muté au centre hospitalier de Saint-Junien (Haute-Vienne). Entre 2021, date à laquelle le CHU dit avoir été informé des faits, et cette mise en examen, il a continué d’exercer dans son service sans restriction.

Que savait le CHU, et depuis quand ? Comment cette information a-t-elle été traitée ? L’établissement a répondu à Facto ! le 18 juin 2026. Il affirme avoir « immédiatement saisi le procureur de la République » en 2021, tout en précisant que les faits dénoncés « se seraient produits en dehors de l’hôpital dans un contexte privé ». Il mentionne qu’en 2022, « un témoignage préoccupant » a été transmis au parquet, sans en préciser la nature ni l’auteur. Il confirme que le praticien a été muté au centre hospitalier de Saint-Junien à la suite de sa mise en examen.

En août 2025, le CHU indique avoir été avisé d’une modification du contrôle judiciaire autorisant le praticien à reprendre une activité en son sein, y compris en présence d’étudiants et d’internes, dans un cadre strictement professionnel.

D'après une carte fournie par le syndicat de la pomme AOP, six exploitations ont recours aux filets anti-dispersion dans l'aire de production.

C’est dans ce cadre que des médiateurs régionaux sont intervenus entre janvier et mars 2026 pour organiser les conditions concrètes de ce retour. Ce processus, s’il aboutit, replacera le praticien dans un environnement où il côtoiera quotidiennement des étudiants en médecine, alors qu’il reste poursuivi pour des faits commis sur l’un d’entre eux.

Informé de cette position, Nicolas dit mesurer le décalage avec ce qui l’avait poussé à agir : « La raison même qui m’a fait commencer ces démarches est de vouloir mettre à distance un danger qui continuerait autrement de planer au-dessus des étudiants. » Pour lui, la perspective de voir ce même chirurgien reprendre une activité dans cet environnement marque l’échec de ce qu’il avait entrepris. Il l’écrit ainsi : « Par négligence, la Justice piétine mes efforts et le CHU les met carrément à la poubelle. »

Pendant l’instruction, plusieurs expertises sont ordonnées. Une expertise psychiatrique conclut que le Dr X ne présente pas d’anomalies mentales et était pleinement responsable de ses actes au moment des faits supposés.

Une expertise psychologique produit un portrait plus dense. Selon l’arrêt de la cour d’appel de Limoges du 17 octobre 2024, l’expert décrit un homme à l’intelligence supérieure, au parcours professionnel remarquable, mais présentant « une propension à la dissimulation et au cloisonnement intellectuel entre les domaines professionnels, familiaux, affectifs, relationnels et autres », une tendance rattachée à des facteurs familiaux, religieux et sociaux ayant « généré des exigences surmoïques et des censures ou contrôles excessifs au niveau pulsionnel et sexuel ». Il observe que le Dr X a « pu utiliser cette autorité pour profiter des avantages que lui donnait cette notoriété auprès des étudiants de son service ».

« On ne peut que douter de l’authenticité des déclarations de Monsieur [le praticien] »

Sur la thèse du complot avancée par le praticien, qui évoque un règlement de compte au sein du service, l’expert est direct : « On ne peut que douter de l’authenticité des déclarations de Monsieur [le praticien] concernant la nature exclusivement amicale de sa relation avec Nicolas au vu des résultats de l’expertise médicale, des incohérences de son discours dans le développement de leur relation, des événements factuels dénoncés par Nicolas lors de la soirée et enfin des témoignages apportés par les personnes auditionnées dont celui de son colocataire, Louis, en 2008. »

En apprenant qu’une plainte pour viol visait le Dr X, Louis a tenu à se manifester. Selon l’arrêt de la cour d’appel de Limoges, il raconte que lorsqu’ils étaient colocataires étudiants en médecine à Limoges, le Dr X était venu se coucher dans son lit un soir. Dans la nuit, il avait mis la main sur ses parties génitales et fait un geste masturbatoire précis. Choqué, Louis s’était levé pour demander des explications. Le Dr X avait fait mine de se réveiller et de ne s’être rendu compte de rien. Cet épisode avait mis fin à leur colocation et à leur amitié.

Ceux qui savent ne parlent pas

Depuis plusieurs mois, les tentatives de recueillir des témoignages de personnes ayant joué un rôle dans les premières alertes se heurtent à des refus répétés. Ceux qui ont accepté de parler à l’époque se comptent sur les doigts d’une main, et la plupart ne veulent plus parler aujourd’hui. Pour comprendre pourquoi, il faut mesurer ce que ce milieu fait aux gens qui rompent le silence.

Un délégué syndical du CHU de Limoges, qui a accepté de répondre aux questions de Facto !, propose une grille de lecture : « Il y a une omerta quand ça concerne les médecins. Les gens ont peur, notamment vis-à-vis de la hiérarchie et du corps médical. » Il précise : « La presse, ça ne plaît pas. Ça peut braquer les gens contre vous, donner lieu à des représailles. » Et d’ajouter : « Ces gens-là, peut-être le fait que ce praticien se soit éloigné, qu’on leur ait dit qu’il ne reviendrait pas, ça leur suffit. Ils n’ont pas envie d’en faire plus. »

« Ça aurait été un infirmier, je pense qu’on aurait déjà réglé le problème depuis très longtemps. »

Il indique par ailleurs n’avoir pas été informé de ce dossier au moment des faits. Ce n’est que l’année dernière, lorsque des bruits ont circulé sur un éventuel retour du praticien au CHU, que le syndicat est intervenu auprès de la direction. Qui lui a confirmé qu’aucun retour n’était prévu. Puis il lâche : « Ça aurait été un infirmier, je pense qu’on aurait déjà réglé le problème depuis très longtemps. »

Ce que décrit ce représentant syndical rejoint ce que documente, de façon plus structurelle, une membre du collectif Emma-Auclert, constitué à Limoges pour dénoncer l’impunité des violences sexuelles dans le milieu hospitalo-universitaire.

Elle décrit un système dans lequel la concentration du pouvoir entre quelques mains rend toute dénonciation périlleuse. « Historiquement, l’étudiant en médecine n’est pas complètement un être humain. Dans la hiérarchie hospitalière, tu as les PU-PH (professeurs des universités-praticiens hospitaliers), les PH (praticiens hospitaliers), les assistants, les internes. L’externe est quelque part entre l’aide-soignant et la femme de ménage. » Cette subordination commence dès la faculté : les mêmes médecins seniors sont à la fois leurs professeurs, leurs chefs de service, présents dans toutes les commissions qui décideront de leur avenir. « Leur pouvoir de nuisance est monumental. »

« Dans les petits hôpitaux de périphérie comme ça, les PU-PH ou les chefs de service, ils se connaissent depuis très longtemps, ils se couvrent. T’attaquer à l’un d’entre eux, c’est risquer de s’attaquer au groupe. » Elle insiste sur la nature diffuse de cette pression : « Tu peux ne pas valider un étudiant, l’empêcher d’avoir accès à des patients intéressants, ne pas lui proposer de sujets de thèse, l’empêcher d’accéder à la recherche. Il y a plein de façons d’exercer de la violence contre un étudiant sans que ça se voie. »

Elle décrit aussi la logique de reproduction qui traverse les générations médicales : « Quand depuis tes 18 ans jusqu’à tes 25 ans tu vois ces comportements et tu vois que les auteurs sont impunis, tu apprends que toi aussi, quand tu seras médecin, tu pourras le faire. La menace est insidieuse. Tu sais pas trop d’où elle vient. Et ces gens sont un peu tout-puissants, on connaît pas trop la limite de leur prétendu pouvoir. Donc beaucoup de gens préfèrent ne pas y aller, sans être capables de dire ce qu’ils craignent exactement. »

Nicolas a quitté Limoges. Aujourd’hui, il dit avoir « l’impression de crier dans le vide ». Le reste est demeuré en place : le Dr X est toujours en exercice et l’instruction toujours ouverte.
Dans sa lettre au doyen, Nicolas avait écrit : « Je voudrais que cet individu soit surveillé. Je ne veux pas qu’il recommence avec quelqu’un d’autre. Je me suis senti faible, idiot et traversé de honte. Maintenant, je souffre seulement. »
Il avait signé : un étudiant meurtri.

D'après une carte fournie par le syndicat de la pomme AOP, six exploitations ont recours aux filets anti-dispersion dans l'aire de production.

Auteur de l’enquête : Alexandre Rito

Rédacteur en chef : Nicolas Lavallée

Photos : © Murielle Thomazeau

Boîte noire

Dans le cadre du contradictoire, le Dr X avait initialement souhaité s’exprimer avant de se rétracter.

L’avocate de la partie civile n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Le CHU de Limoges et l’université de Limoges ont répondu à nos questions par écrit : leurs réponses sont citées dans cet article.

Le Conseil national de l’Ordre des médecins, auquel le conseil départemental de l’Ordre des médecins de la Haute-Vienne avait transmis nos questions, nous a fait parvenir une réponse, citée dans cet article.

Le parquet du tribunal judiciaire de Limoges, sollicité à deux reprises, a indiqué lors d’un premier contact que l’information judiciaire était toujours en cours. Une seconde demande est restée sans réponse.

Les prénoms ont été modifiés.
Le « X » utilisé pour désigner le praticien mis en cause ne correspond pas à l’initiale de son nom de famille. Le Dr X reste présumé innocent.

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