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Menaces sur l’unité d’enseignement
pour élèves non francophones
du collège Donzelot à Limoges

Nicolas Lavallée

Temps de lecture : 8 minutes

Ce qu’il faut retenir

• Les enseignantes et les enseignants craignent pour l’avenir de la structure pédagogique, « probablement la dernière en France », créée il y a 50 ans.

• Onze heures d’enseignement ont déjà été supprimées pour les UPE2A faisant passer la durée hebdomadaire de cours sous le seuil légal.

• Le passage du Diplôme élémentaire de langue française (Delf) sera désormais réservé aux élèves allophones les plus avancés.

Les enseignantes et les enseignants de l’unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A) du collège Pierre-Donzelot à Limoges craignent le « démantèlement » de la structure qui permet chaque année l’intégration d’une soixantaine d’enfants non-francophones par l’apprentissage de la langue française.

« Si je n’étais pas passée par ces classes, mon parcours de vie aurait été beaucoup plus compliqué », confie Laura Alves Da Costa. Originaire de la ville de Goiânia au centre-ouest du Brésil, arrivée en France en 2016, la jeune femme aujourd’hui âgée de 23 ans se remémore avec émotion son année scolaire dans les classes de l’unité pédagogique pour les élèves allophones arrivants (UPE2A) du collège Pierre-Donzelot à Limoges (Haute-Vienne).

Originaire de l'État du Goiás au Brésil, Laura Alves Da Costa a passé un an à l'UPE2A du collège Pierre-Donzelot où elle a appris le français.
Originaire de l’État du Goiás au Brésil, Laura Alves Da Costa a passé un an à l’UPE2A du collège Pierre-Donzelot où elle a appris le français. (Photo : © Murielle Thomazeau)

« Je ne parlais pas du tout français et j’avais peur qu’on se moque de moi. » Désormais, elle maîtrise quatre langues et vient de décrocher un master en management, transport, logistique et commerce international. « Les cours de Donzelot m’ont vraiment aidée à prendre confiance en moi et à m’intégrer », sourit Laura Alves Da Costa qui, depuis octobre 2025, occupe un poste de chargée d’études supply chain – approvisionnement des filiales, ventes internationales, études tarifaires – chez Legrand, le géant mondial des systèmes électriques.

Les enseignants craignent un « démantèlement »

Pourtant, depuis la rentrée, l’unité pédagogique du collège Pierre-Donzelot est sur la sellette. Onze heures de dotation globale horaire ont déjà été supprimées pour les UPE2A et les enseignants redoutent maintenant un « démantèlement » de la structure qui, depuis le milieu des années 70, accueille et scolarise des élèves non-francophones. Motif : l’UPE2A – soixante places réparties en quatre classes de quinze élèves – ne respecterait pas à la lettre les « principes […] quant à l’organisation de la scolarité des élèves allophones nouvellement arrivés » tels que définis dans une circulaire ministérielle de 2012.

D'après une carte fournie par le syndicat de la pomme AOP, six exploitations ont recours aux filets anti-dispersion dans l'aire de production.

Le texte, qui ne préconise pas de « modèle unique de fonctionnement », énonce toutefois des « principes impératifs ». Les élèves allophones arrivants ayant été scolarisés dans leur pays d’origine doivent être « inscrits dans des classes ordinaires correspondant à leur niveau scolaire », le critère d’âge étant « prioritaire ».


Or, au collège Pierre-Donzelot, c’est le niveau des enfants qui prévaut : les élèves non-francophones suivent un enseignement général au sein d’une structure dans laquelle l’apprentissage du français tient une place prépondérante – douze heures par semaine dispensées par quatre enseignants spécialisés.
Quand les professeurs les en jugent capables, les élèves sont peu à peu intégrés aux classes ordinaires. D’abord dans des matières spécifiques dans lesquelles ils ont un niveau suffisant pour suivre le cours sans difficulté avant, selon leur progression, de rejoindre leurs camarades francophones dans d’autres matières.

« Cette structure est irremplaçable. »

« L’intégration en classe ordinaire se fait en fonction des progrès de l’enfant, argumente Marie-Hélène Budak. On a des classes idéales. Cette structure est irremplaçable », fait valoir la professeure de Français nommée sur poste spécifique depuis 2006. « Chaque enseignant peut adapter ses cours, ce qui n’est pas possible dans une classe ordinaire. Dans une classe ordinaire, justement, nos élèves seraient au fond, à faire des exercices spécifiques. Et là, ils seraient vraiment à part », plaide-t-elle face à la volonté d’inclusion à tout prix qui fait l’esprit de la circulaire ministérielle de 2012.

Le collège Pierre-Donzelot dispose de 60 places pour élèves non-francophones, réparties en quatre classes.
Le collège Pierre-Donzelot dispose de 60 places pour élèves non-francophones, réparties en quatre classes. (Photo : © Droits réservés)


Un avis que partage celui qui était principal du collège entre 2013 et 2018. Jean-Paul Suchaud estime que, « sous couvert d’inclusion – une idée généreuse », on veut « faire avec les élèves non-francophones ce que l’on a fait avec les élèves porteurs de handicap ». Mais, observe celui qui est désormais à la retraite « sans moyens, ça ne marche pas ».

Déjà des moyens en moins

« Pourquoi démanteler cette structure maintenant alors qu’elle fonctionne ? », s’interroge Laurent Bouyssou, professeur de mathématiques. À en croire à la fois le service communication du rectorat et l’actuel principal du collège, William Saubusse, « pour l’instant, aucune décision n’est officiellement arrêtée ». Néanmoins l’inquiétude gagne les couloirs de l’établissement. D’autant que la dotation horaire est passée cette année de 104 heures à 93 heures pour les classes de l’UPE2A, ce qui a entraîné des « mutualisations pédagogiquement peu valables », selon une enseignante : constitution de trois groupes avec quatre classes en sciences-physiques, SVT et arts plastiques, perte d’une demi-heure d’enseignement en mathématiques pour chaque classe et « des moyens en moins » en anglais. Les élèves ont désormais entre 23 et 24 heures d’enseignement hebdomadaires, deux à trois heures de moins que l’obligation légale dans le second degré.

Marie-Hélène Budak et Laurent Bouyssou dénoncent la baisse des moyens à laquelle doit déjà faire face l'UPE2A de Donzelot.
Marie-Hélène Budak et Laurent Bouyssou dénoncent la baisse des moyens à laquelle doit déjà faire face l’UPE2A de Donzelot. (Photo : © Murielle Thomazeau)

Autre coup de semonce, le bouleversement annoncé dans la passation du Diplôme élémentaire de langue française (Delf) par les élèves allophones. Aujourd’hui, il existe trois niveaux de reconnaissance : A1 pour les élèves qui maîtrisent le moins bien la langue française, A2 pour ceux qui sont à un stade intermédiaire et B1 pour les plus avancés.


Au-delà de la dimension symbolique, le Delf est autant « une source de motivation » que de « reconnaissance pour les élèves », notent des enseignantes dans une note que Facto ! a pu consulter. « L’obtention de ces diplômes est également une indéniable preuve de volonté d’insertion dans la vie et la culture française des candidats. Certains niveaux aident, selon les cas, à l’obtention de papiers administratifs nécessaires à l’intégration en France. »

« Chaque progrès mérite d’être reconnu et valorisé. »

Pourtant, si rien n’est encore officiel, la note de rentrée du Casnav de l’académie de Limoges datée du 15 septembre 2025 annonce « quelques nouveautés » pour l’année 2025-2026. Selon le centre académique pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs (Casnav), « les [élèves allophones nouvellement arrivés ] ne passeront qu’une seule fois le Delf dans leur parcours – sauf en cas d’échec la première fois. Seuls les niveaux A2 et B1 seront proposés à l’examen. » Une « négation des efforts colossaux entrepris en début d’apprentissage » regrettent leurs enseignantes pour qui « chaque progrès mérite d’être reconnu et valorisé ».

Donzelot, peut-être un cas unique en France

Essentiellement Cambodgiens et Vietnamiens dans les années 70 ; Bulgares, Turcs, Égyptiens, Péruviens ou encore Angolais aujourd’hui : les élèves non-francophones scolarisés dans l’UPE2A du collège Pierre-Donzelot ont pu jusqu’alors bénéficier d’une « structure » à part entière, avec une dotation horaire par classe, « la seule de l’académie et probablement la dernière en France », avance Marie-Hélène Budak.


Une organisation bien différente de celle qui prévaut dans les autres UPE2A de l’académie de Limoges. Sébastien Perret, le principal du collège Georges-Clémenceau à Tulle (Corrèze) où une « classe » de douze places a ouvert à la rentrée 2025, préfère par exemple parler « d’un dispositif ». Dans son établissement, « les élèves sont affectés dans des classes de rattachement et ont des temps, hors de leur classe ordinaire, durant lesquels ils sont accompagnés jusqu’à 12 h en français langue étrangère et 2 h en mathématiques. »

Un « travail de dentelle mené depuis des années »

Une organisation pédagogique qui, selon Jean-Paul Suchaud « n’économise pas les profs et ne protège pas assez les élèves ». L’ancien principal voit l’UPE2A de Donzelot comme un « sas d’intégration » pour « protéger les jeunes » qui, pour certains, ont dû quitter leur pays dans des conditions difficiles.

D'après une carte fournie par le syndicat de la pomme AOP, six exploitations ont recours aux filets anti-dispersion dans l'aire de production.

Laurent Bouyssou, lui, estime qu’il s’agit là d’un « travail de dentelle mené depuis des années ». Selon lui, « la structure [leur] permet de travailler. Nous avons de l’empathie pour ces enfants. Certains sont des mineurs isolés, contraints de vivre à l’hôtel faute d’avoir d’autres solutions. Nous voulons nous occuper au mieux de tous nos élèves pour leur permettre de s’intégrer, justifie l’enseignant de mathématiques. Malheureusement, apparemment, l’accueil n’est plus à la mode. »
Au point que, à Limoges, le milieu associatif doit également se passer d’une figure majeure de l’apprentissage du français pour les adultes allophones. Le 31 octobre dernier, Culture Alpha a fermé définitivement ses portes. L’épilogue d’une aventure qui, depuis 45 ans, favorisait l’insertion sociale des personnes d’origine étrangère.

Auteur de l’enquête : Nicolas Lavallée

Rédacteur en chef : Jérôme Davoine

Photos : © Murielle Thomazeau et droits réservés

Boîte noire

Une audience est programmée le 10 novembre 2025 entre les enseignants du collège Pierre-Donzelot, la direction de l’établissement, le directeur académique des services de l’Éducation nationale (Dasen) et le centre académique pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs (Casnav). À l’issue de cette rencontre, si leurs inquiétudes se confirmaient, les enseignants prévoient de lancer une pétition et d’organiser un rassemblement devant le collège le 24 novembre 2025.

Les autres enquêtes

• Des substances actives autorisées pour obtenir la pomme AOP du Limousin sont soupçonnées de provoquer le cancer, voire de favoriser des mutations génétiques.

• En quelques années, la distance sans traitement entre les parcelles et les habitations est passée de 50 à 20 mètres, voire 5 mètres.

• Entre mars 2024 et février 2025, plus de 14.600 traitements ont été déclarés par les pomiculteurs de l’aire AOP.

L’analyse de cinq substances actives utilisées aujourd’hui dans les vergers de pommiers dits « conventionnels » suscite l’inquiétude.

Deux insecticides et deux fongicides utilisés sont épinglés comme étant générateurs de polluants éternels.

Les mesures de protection des ouvriers agricoles ne sont pas toujours respectées.

• En Limousin et en Dordogne, les familles Chauffaille et Michon, pionnières de l’implantation de la golden, occupent toujours une position dominante.

• Une galaxie de sociétés s’impose au détriment d’entreprises agricoles individuelles.

• L’optimisation des coûts repose sur une masse d’exécutants, payés au Smic pour la plupart et coupés du processus de décision.

• Aux antipodes de la golden AOP, ennemi des pesticides, Jacques Lamaud exploite des pommiers de plein-vent selon des méthodes culturales anciennes.

• Malgré une conjoncture défavorable, les conversions en agriculture biologique offrent une alternative à la dépendance aux pesticides.

• Des producteurs locaux s’organisent pour assurer une commercialisation de proximité.