Ferme-usine de Peyrilhac (87) :
les opposants s’organisent contre l’accaparement des terres par T’Rhéa
Riverains, propriétaires, associations et Confédération paysanne tentent d’imposer une agriculture « à taille humaine » contre le projet de centre agro-industriel d’engraissement bovin.

Le collectif contre le projet de ferme-usine d’engraissement bovin de Peyrilhac (Haute-Vienne) ne désarme pas. Par l’intermédiaire de Terre de liens, les opposants lancent un appel à l’installation sur les terres d’une famille directement touchée par le projet agro-industriel porté par T’Rhéa, la filiale agroalimentaire du groupe de négoce de viande Carnivor.
« Nous voulons attirer quelqu’un qui a envie d’entretenir ces 87 hectares, explique Valérie Floucaud, co-propriétaire du domaine agricole. Le projet porté par Carnivor ne nous convient pas du tout. » Un projet « hors sol, avec 0% de paysan et qui n’apporte aucune autonomie alimentaire au Limousin », juge Vincent Laroche, le porte-parole de Terre de liens Limousin, qui dénonce également une « logique d’accaparement des terres ».
Incertitude sur les terres
Sur 600 hectares concernés par la création du centre d’engraissement, selon les opposants, seuls 56 hectares sont pleinement maîtrisés. Une bonne partie des autres surfaces agricoles font l’objet de baux ruraux pour lesquels il n’existe aucune certitude quant à leur possibilité d’intégration dans le projet. « Parmi ces baux, certains seront échus en 2027 », annonce d’ores et déjà Vincent Laroche. C’est notamment le cas du domaine qui fait l’objet de l’actuel appel à installation. « En tout, on a identifié entre 350 et 400 hectares qui, potentiellement, ne peuvent pas entrer dans le projet. »
Quelque 2.100 bovins doivent être engraissés malgré l’opposition des conseils municipaux de Saint-Gence, Nieul et Peyrilhac. Celui de Veyrac avait même, en novembre 2024, voté une motion pour notamment « [défendre] une agriculture de proximité ». Des prises de positions qui n’avaient pas empêché la préfecture de la Haute-Vienne de donner son aval au projet au printemps 2025. Le maire de Veyrac, Jean-Yves Rigout, continue aujourd’hui de s’opposer à un « projet mortifère » et à une « agro-industrie qui pénètre nos campagnes ».
« Dix petites fermes valent mieux qu’une grande. »
Terre de liens, qui n’exclut pas de mener des opérations d’installation paysanne similaires avec d’autres propriétaires concernés par le projet de T’Rhéa, estime que le domaine aujourd’hui en vente à Veyrac (Haute-Vienne) est « particulièrement [adapté]à l’élevage bovin et ovin » et peut facilement participer au « développement des circuits courts » dans l’agglomération de Limoges. « Il faut favoriser les porteurs de projets qui pratiquent une agriculture à taille humaine », fait valoir Vincent Laroche pour qui « dix petites fermes valent mieux qu’une grande ».


