Le tribunal administratif de Limoges estime que la mise à 2×2 voies de la RN 147 peut continuer
Le tribunal administratif de Limoges a rejeté le référé-suspension déposé par les opposants au projet de mise à 2×2 voies de la RN 147 entre Couzeix et Nieul en Haute-Vienne.
Ils y croyaient, mais le tribunal administratif de Limoges en a décidé autrement : les travaux de mise à 2×2 voies de 6,5 kilomètres de la RN 147 entre Couzeix et Nieul (Haute-Vienne) ne seront pas suspendus. Dans son ordonnance, le juge des référés a balayé les 136 pages de requêtes des opposants au projet. Selon François-Joseph Revel, « en l’état de l’instruction », il n’existe pas de « doute sérieux sur la légalité des arrêtés en litige portant autorisation environnementale et accordant un permis d’aménager » un viaduc de plus de 220 mètres de long au dessus de la vallée de la Glane.
D’autres procédures à venir
« C’est une déception. On éprouve de la tristesse pour tous les écosystèmes qui vont être saccagés », regrette Me Nicolas Granger, l’avocat des associations environnementales et des riverains du projet qui envisage, avant la fin de la semaine, de se pourvoir en cassation devant le conseil d’État ou de déposer une requête en référé-liberté.
Objectif : « contraindre le juge à prendre en considération des éléments nouveaux », en particulier les « coupes illégales », comme les qualifie Nicolas Vigier, membre du collectif Alouettes 147. Les travaux de défrichement auraient dû être stoppés fin octobre, mais continuent ce 11 novembre, au lendemain de l’audience au tribunal, aux abords du lieu-dit Sourue, comme le montrent les images du média On est là.
À terme, afin de construire et exploiter la 2×2 voies, 15,5 hectares de bois devront être abattus. « Les conséquences sont irréversibles pour les 124 espèces protégées répertoriées, fait valoir Me Nicolas Granger. Là-bas, c’est Verdun. »
L’avocat estime par ailleurs que les mesures de compensation environnementale n’ont pas été mises en place suffisamment en amont. « Des mares pour les amphibiens doivent être créées un à deux ans avant le début des travaux, sinon elles ne servent à rien. »
Destinées à compenser la destruction d’habitats protégés, elles sont désormais planifiées « avant la fin d’hiver 2025 », « soit plusieurs mois après le début des défrichements, observe Alouettes 147. La destruction précède la compensation, inversant la logique même de la séquence « Éviter-Réduire-Compenser » inscrite dans la loi. » Selon eux, « ces deux faits rendent la poursuite de ce projet tout simplement illégale, quelle que soit la décision du référé ».
Des centaines d’hectares de terres agricoles menacées
Au total, l’emprise de la nouvelle route concernera « 300 hectares de parcelles, 60 hectares seront sous le bitume, et huit fermes seront coupées en deux », liste Vincent Laroche, le porte-parole de Terre de Liens Limousin qui rappelle que, entre 2010 et 2020, 1.200 chefs d’exploitation ont disparu en Haute-Vienne. « Et là, on s’offre la joie d’handicaper huit fermes supplémentaires. Elles sont le résultat d’années de travail et si le projet se réalise, elles n’auront plus l’unité foncière nécessaire pour faire de l’élevage correctement, regrette-t-il. J’invite personnellement l’avocat de la partie adverse et le juge à venir sur place pour voir ce que sont des dégâts irrémédiables », tonne Vincent Laroche.
La route « la plus chère de France »
Depuis plusieurs années, les opposants au projet dénoncent « une gabegie financière » : 132 millions pour 6,5 kilomètres, la « route la plus chère de France » avec un coût de « 20 millions du kilomètre ». Raison de plus pour ne pas s’arrêter là, fait valoir la préfecture de la Haute-Vienne par l’intermédiaire de son avocat Raphaël Gubler, du Barreau de Paris. « Huit millions d’euros de commande ont déjà été engagés. Une année de retard, c’est 3 % à 4 % de pertes financières », sans parler des « pertes d’emplois, plaide le conseil. Chaque mois de retard dans le projet, ce sont potentiellement des morts supplémentaires sur la route. »
Un argument que Nicolas Vigier juge « odieux. C’est l’incurie de l’État qui est à l’origine des accidents mortels sur cette route », estime le membre d’Alouettes 147 qui s’interroge : « Pourquoi n’y a-t-il aucun aménagement sur ce tronçon s’il pose un problème de sécurité pour les usagers de la route ? Où sont les études d’aménagement de la RN 147 sur les créneaux de dépassement, les dispositifs de sécurité comme les radars ou encore les accès sécurisés ? », tempête l’opposant qui se place « dans une logique de combat long ». En ligne de mire : le procès sur le fond, toujours en cours d’instruction, programmé dans le courant de l’année prochaine devant une formation collégiale de trois magistrats administratifs.
Boîte noire
Le 1er avril 1992, l’itinéraire reliant Limoges à Poitiers a été classé grande liaison d’aménagement du territoire dans le schéma directeur routier national.
Par un arrêté du 18 juin 2020, la ministre de la Transition écologique et solidaire a déclaré d’utilité publique le projet d’aménagement pour une durée de cinq ans. Cette déclaration d’utilité publique a été prorogée par un second arrêté du 26 mai 2025, jusqu’au 19 juin 2030.
Les pièces du dossier d’autorisation environnementale, celles du permis d’aménager ainsi que le rapport et les conclusions de la commission d’enquête sont à retrouver sur le site de la préfecture de la Haute-Vienne.
Les opposants au projet ont prévu de se retrouver dimanche 30 novembre à 15 h pour une marche depuis le centre de Nieul (Haute-Vienne) vers la première coupe rase afin de replanter symboliquement des arbres.



