À Limoges aussi, les drones sont de sortie
Deux engins ont été déployés dans le ciel limougeaud à l’occasion de la mobilisation sociale du 10 septembre.
À Limoges non plus, la police n’a pas lésiné sur les moyens. Mercredi 10 septembre, lors de la journée de mobilisation populaire « Bloquons tout », elle fut déployée en nombre à la mi-journée, à quelques centaines de mètres de la bretelle d’accès à l’autoroute A20. Mais surtout, elle a reçu l’appui de deux drones, dont l’utilisation a été autorisée la veille, par William Augu, le directeur de cabinet du préfet de la Haute-Vienne. En France, plusieurs dizaines d’arrêtés du même type ont été pris pour tenir les manifestants à l’œil.
Il s’agissait, d’après la demande formulée lundi 8 septembre par la direction inter-départementale de la police nationale de la Haute-Vienne, de « mener le suivi » de cette journée d’actions, « susceptible d’engendrer des troubles à l’ordre public et causer des atteintes à la sécurité des personnes et des biens ». Apparemment, il fallait agir vite. Et pour cela, les autorités n’ont pas hésité à « déroger au principe d’information du public », au motif que celui-ci « entrerait en contradiction avec la finalité pour laquelle le dispositif est autorisé », comme le précise l’arrêté numéro 87-2025-09-08-00003.
Ce sont précisément deux drones de l’entreprise DJI, installée à Shenzen, une sorte de Sillicon Valley chinoise, qui ont été utilisés. Le modèle DJI-MATRICE 4T, précisément. Une valeur sûre puisque, selon l’ONG Uyghur Human rights project, la société fournit notamment la police du Xinjiang afin de surveiller les minorités Uyghur, kazakhe et kirghizes au Turkestan oriental. DJI promet ainsi que le drone utilisé à Limoges fait entrer l’utilisateur dans « l’âge du vol intelligent ».
Plus prosaïquement, outre les photos en haute résolution, l’engin est équipé d’un système de détection intelligente et de mesure en temps réel grâce à un laser portant jusqu’à 1.800 mètres. Il est également doté d’un système de vision nocturne et fournit des images thermiques haute résolution, ce qui lui confère de « puissantes capacités de suivi », annonce l’entreprise chinoise, fière de son système Smart Track qui « offre un positionnement précis et des ajustements automatiques de zoom qui permettent de passer rapidement d’un sujet à l’autre », même dans la pénombre.
Le recours à la captation d’images par drone s’est généralisé en France pour surveiller les mouvements sociaux depuis le décret du 19 avril 2023, promulgué dans le cadre de la loi dite « sécurité globale ». À Limoges, en 2020, un engin prêté à la police par l’ONG Pompiers de l’urgence internationale avait été déployé au-dessus de la ville afin de faire respecter le confinement. Par la suite, la police s’était elle-même équipée pour appuyer ses opérations anti-drogues dans les quartiers populaires de la ville. Désormais, c’est au tour des mouvements sociaux de faire l’objet d’une surveillance aérienne.

